février 2021

#INTERVIEW : Alexandre Dejardin revient sur l’opération de LBO de Photonis

INTERVIEW

Le conseil du management de Photonis : Alexandre Dejardin, associé chez Jeausserand Audouard

Photonis est une pépite de l’optronique de défense et en raison du caractère stratégique de cet actif, le dossier a connu de multiples rebondissements. Pouvez-vous en rappeler les grandes lignes ?

Le fonds Ardian a lancé un processus de cession fin 2019, orienté à la fois fonds et industriels. Dès le départ, nous savions que l’armée française avait très tôt exprimé sa préoccupation sur le fait qu’un groupe étranger puisse acquérir d’importantes technologies de vision nocturne. En février 2020, la société américaine Teledyne a formé une offre de rachat d’environ 500 millions d’euros. En réaction, Bruno Le Maire a annoncé publiquement qu’il était opposé à l’opération, sans pour autant le notifier officiellement. Les discussions se sont poursuivies, même pendant le confinement, toutefois les exigences des autorités françaises ont conduit Teledyne a abaissé son offre. Enfin, en décembre 2020, la ministre des Armées Florence Parly s’est opposée cette fois par écrit à l’opération. Teledyne est officiellement sorti du processus et l’option private equity a été par conséquent réactivée.

Une fois Teledyne écarté, qui étaient les principaux candidats du tour d’enchères ? Pourquoi l’offre du fonds HLD a finalement été retenue ?

Bien que le processus de cession ait été compliqué tout du long, dans sa dernière phase il a abouti à un tour d’enchères classique entre deux actionnaires financiers assez similaires, PAI Partners et HLD Europe. HLD s’étant vraisemblablement montré plus agile pour remporter cette enchère.

Quelles ont été les principales spécificités dans ce dossier ?

Nous sommes intervenus sur le management package pour le compte des managers de Photonis. La vraie difficulté dans ce dossier, c’est la performance de l’opération précédente et la nécessité de faire réinvestir le management. Il est toujours délicat de demander au management de réinvestir dans un contexte où l’opération précédente n’a pas remporté le succès escompté.

Que retenez-vous en tant que praticien de cette opération ?

C’est un dossier qui marque le retour de l’interventionnisme de l’Etat français, qui était assez peu présent jusqu’ici. On a pu également le constater récemment avec le véto du gouvernement dans le dossier Carrefour/Couche-Tard. Cet interventionnisme commence d’ailleurs à se faire ressentir au niveau européen, avec une volonté du régulateur de contrôler davantage les investissements étrangers, notamment ceux originaires de Chine.