septembre 2020 - CroissancePlus

#TRIBUNE : Pour une grande réforme de l'actionnariat salarié

Baie du nord - Manue_sko
MEDIA - LES ECHOS

Tribune de Thibaut Bechetoille, Président de CroissancePlus et Jérémie Jeausserand, avocat.

Devant les difficultés sociales qui s’annoncent, il faut mettre en place un nouveau modèle de capitalisme centré autour de l’entrepreneuriat, beaucoup plus redistributif et incitatif estiment les auteurs. L’une des pistes serait d’associer massivement les salariés aux résultats des entreprises.

A peine nommé, le nouveau gouvernement doit déjà faire face à de nombreux défis économiques et sociaux. La recrudescence du chômage annoncée dans les prochains mois viendra attiser les braises sociales qui couvent dans notre pays. Ajouté à un sentiment profond d’inégalité ressenti par toute une partie de la population, de nombreuses personnes vont connaître l’angoisse de la décroissance et de ses conséquences : durcissement de l’ambiance de travail, pénurie de recrutements pour les jeunes générations, menaces de plans sociaux, baisse des investissements dans les outils de travail…

Dans ce contexte, l’Etat seul ne pourra pas recréer l’espoir et la confiance nécessaire au redémarrage de l’économie. Les mesures annoncées permettront de limiter les dégâts sociaux du chômage et d’inciter les entreprises à sauver les emplois, voire à en créer, en attendant le retour de jours meilleurs. Mais ces jours ne reviendront pas de manière automatique. Déjà commence à poindre le retour de conflits et oppositions entre acteurs économiques qui n’attendront qu’une étincelle réformatrice pour exploser à nouveau.

Grande réforme de l’actionnariat salarié

Face à ces difficultés, l’entrepreneur a une responsabilité car il porte en lui la force et l’espoir du projet entrepreneurial et de l’aventure collective. Dès qu’il le peut, il crée les emplois qui permettent à chaque personne de s’insérer et de vivre de son travail par le salaire. Convaincus de cette force, nous pensons qu’il est temps de concevoir et de mettre en place un nouveau modèle de capitalisme centré autour de l’entrepreneuriat, beaucoup plus redistributif et incitatif pour toutes les parties prenantes de l’entreprise.

Nous croyons que pour fonder ce nouveau chemin, l’une des initiatives les plus efficaces serait de proposer une grande réforme de l’actionnariat salarié afin que de manière beaucoup plus massive qu’aujourd’hui les salariés soient associés au capital et aux bénéfices de leur entreprise.

Ce système d’association des salariés au capital possède de nombreuses vertus dont nous aurons besoin pour répondre aux défis qui se posent à nous. En plus du salaire, il permet à chacun d’augmenter son patrimoine financier, parfois de manière conséquente, et lève les oppositions souvent stériles entres détenteurs de capital et détenteurs de savoir-faire. Par là même, il améliore la qualité du dialogue social en alignant les dirigeants et les salariés autour d’un objectif commun : le succès et la croissance de l’entreprise. Surtout, en renforçant l’adhésion de tous au projet entrepreneurial, il redonne du sens au travail et recrée l’espoir de construire ensemble les succès de demain. Pour les jeunes entreprises qui n’ont pas les moyens des grands groupes, il permet d’attirer les talents en les intéressant au succès de l’aventure entrepreneuriale. En outre, à l’heure des réflexions sur la souveraineté économique, l’actionnariat des salariés permet de constituer un noyau stable de détenteurs du capital, intéressés directement au maintien des outils de production et des technologies sur le territoire.

Stopper les prélèvements sociaux et fiscaux

Concrètement, il est temps de permettre aux entrepreneurs de donner à leurs salariés une part plus importante de leur capital et de leur bénéfice. La réglementation tatillonne des dispositifs dits « d’actions gratuites » limite aujourd’hui cette démarche. De plus, ces règles créent des problèmes de gouvernance au sein de l’entreprise, c’est pourquoi le regroupement des actionnaires salariés au sein de sociétés holdings doit être facilité.

Il est essentiel d’arrêter de prélever des contributions sur le dos des entreprises qui donnent du capital à leurs salariés. Cette démarche de partage au bénéfice des salariés ne doit pas être entravée par des prélèvements sociaux ou fiscaux.

En période de difficultés, nous sommes convaincus que l’entreprise peut représenter une source inépuisable de réponses aux défis sociaux qui se présentent. Permettons à tout le monde de participer à l’aventure en ouvrant le capital de nos entreprises.

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